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  • Photo du rédacteurNatacha M.

Cap sur le Niger

18 juin 2023 - Quelque part entre le Maroc et le Niger


Je suis assise dans cet avion qui m'emmène du Maroc au cœur de l'Afrique sub-saharienne. Il fait nuit noire à l'extérieur du fuselage. Nous décollons aux environs de 23h après quelques heures à errer dans hall d'embarquement en admirant le soleil décliner.



Coincée sur le siège du centre de la rangée, mes épaules touchent celles de mes voisins, bien plus carrées que les mienne. Je fais le deuil de mes accoudoirs et pose sagement mes mains sur mes cuisses. La grande majorité des passagers sont Africains, ma chevelure blonde détonne. C'est étrange. Une femme qui voyage seule, une blanche, c'est bizarre. Je ne me sens pas menacée ou en insécurité pour autant.


Je mentirais aussi en disant que je me sens à ma place. L'avion vibre lorsqu'il quitte le tarmac de Casablanca. Je pense à mes enfants, à mon mari. Je sais que chaque dizaine de kilomètres avalée goulument par cet oiseau d'acier m'éloigne d'eux. Je me demande si rester auprès d'eux aurait été une décision plus sage. Je ne peux chasser cette idée qu'il pourrait m'arriver quelque chose durant ce voyage. Je n'ai pas peur pour moi, j'ai peur pour eux.


- "Poisson ou poulet? "


La demande de l'hôtesse vient interrompre mes réflexions. J'hésite une seconde. J'opte pour le poisson, mes voisins aussi. Je me dis que j'ai fait le bon choix, je m'intègre doucement à ce monde nouveau.


La fatigue est telle que mes paupières s'affaissent de manière incontrôlable. Il est 1h, 2h, je ne sais pas. À nouveau, je me dis que je devrais être pelotonnée dans les bras de mon mari, dans la sécurité et la chaleur de mon lit.


La secousse de l'atterrissage me sort de ma torpeur. Je suis sur le sol nigérien. Je prie pour que mon chauffeur soit au rendez-vous. " Il n'y a pas de problèmes mais que des solutions", me dis-je pour me rassurer. Il sera là.


La sortie de l'avion et le passage des douanes se passent sans encombre. Me voilà projetée à l'extérieur de l'aéroport avec mon énorme sac sur le dos et un autre tout aussi lourd sur la poitrine. Une vague de chaleur m'enlace, tout comme ce groupe d'hommes qui souhaite me proposer un taxi, me vendre une puce de téléphone ou encore me changer de l'argent. Je décline poliment et poursuis mon chemin. L'art de faire comme si j'étais à ma place. À l'intérieur de moi, je n'en mène pas large. Mes yeux scrutent la foule et les pancartes. Il est là. Mon chauffeur. Petit soupir de soulagement. L'hôtel, un lit pour se reposer... tout se rapproche enfin.


Mon chauffeur reste muet durant le trajet, moi de même. L'horaire et la fatigue n'aident pas à alimenter la discussion. Nous traversons la ville, étonnamment animée vu l'heure. Je me demande si les gens vivent la nuit pour combattre la chaleur. Certains ont choisi Morphée quand même. Ils sont couchés à même le sol sur le trottoir. Sans-abris ou simples solutions pour fuir les maisons trop chaudes, un peu des deux m'expliquera China, mon collègue journaliste nigérien.


Chèvres et motos se partagent la chaussée que des femmes balaient dans la lueur de quelques lampadaires. Je me sens si loin de chez moi et si reconnaissante de découvrir un nouveau monde. Leur normalité est à des années lumières de la mienne, pourtant on a tous le même soleil.


Notre voiture tressaute sur les nids de poules. L'autoradio diffuse quelques notes de musique ponctuées par des jingles de la station "Jeunesse Sahel".


Je savoure cet instant hors du temps. Je suis seule assise à côté d'un homme que je connais pas, qui m'emmène dans un endroit que je ne connais pas, pour enquêter sur un pays que je ne connais pas.


Je n'ai qu'une seule certitude, je repartirai d'ici bien plus riche. Et ma récolte a déjà commencé.




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