• Natacha Mengoli

Pilule : une lente intoxication


C'est vrai que l'histoire avait plutôt bien débuté. Disons qu'elle a été mon alliée durant plus de dix  ans, sans faille c'est vrai. Un geste devenu une routine, entre deux brossages de dents. C'est seulement lorsque je l'ai stoppé pour ma première grossesse, puis ma seconde que j'ai compris que notre relation était terminée, pour toujours. 

Il a fallu que je la fasse définitivement sortir de mon quotidien pour finalement me sentir bien dans mon corps et dans ma tête. 

C'était déjà a contrecœur que je l'avais reprise entre mes deux grossesses. Je savais que c'était pour une période assez courte voulant des enfants rapprochés. J'ai donc serré les dents, façon de parler.

C'est finalement après la naissance de mon second enfant que j'ai décidé de couper tout lien avec cette dose d'hormones qui me mettait mon corps à mal. Parce que j'ai compris à quel point, elle m'empoissonnait.

Docile ou idiote, j'avais saisi l'ordonnance de mon docteur après mon contrôle post-partum et tenté de replonger dans cette même routine. Malgré une réticence encore plus forte que après ma première grossesse, je m'étais résiliée. Mais mon corps a dit non. 

Rapidement, j'ai commencé à avoir des insomnies couplées à une très forte fatigue. Symptômes connus d'un début de grossesse liée à un dérèglement hormonal.. causés ici par celle qui devenait peu à peu mon ennemie. 

Les jours ont suivi et d'autres effets aussi. J'avais régulièrement de fortes palpitations au point d'en être essoufflée au repos. Puis des fourmillements dans les bras accompagnés de points de pression au niveau du cœur. J'ai commencé à sérieusement m'inquiéter. Je me suis directement doutée que la responsable se cachait sournoisement dans ma salle de bain. 

Sans vouloir pourtant faire de conclusions hâtives, je me suis renseignée. J'ai lu beaucoup d'articles sur les effets cachés de la prise de la pilule. Hors la fameuse prise de poids ou les migraines se cachent des réalités bien plus lourdes. 

J'ai compris que j'avais peut-être ignorée certains signaux auparavant.

Comme ces quelques semaines très sombres que j'avais vécu le printemps suivant la naissance de mon premier enfant.  Il y a de cela trois ans maintenant. Du jour au lendemain, j'avais commencé à avoir des pensées très noires.

Chaque matin, en allant chercher mon fils dans son berceau, la première idée qui me frappait et me glaçait les entrailles était celle qu'il allait mourir. Non pas dans un accident, mais mourir un jour ou l'autre.. comme vous et moi. 

C'était une période lourde chargée d'angoisses, je sentais mon univers se dérober sous mes pieds sans savoir ce qui m'arrivait. Pour ne pas donner de pouvoir à ces sombres pensées, j'ai préféré garder celles qui me hantaient emprisonnées dans un coin de ma tête. Seule la personne qui détient la moitié de mon cœur avait connaissance de mes angoisses. J'ai avancé en avalant mes craintes et mon mal-être. J'avoue que si je n'avais pas eu mon fils, ma sève.. je ne sais pas comment j'aurai pu faire face à ce tourbillon noir. 

Je garde néanmoins du positif de cette plongée au coeur de moi-même puisque c'est à ce moment là que j'ai décidé de faire plus attention moi, à mon alimentation, à mon corps. Probablement que j'avais juste besoin d'avoir l'impression que je contrôlais encore quelque chose dans ma vie. A défaut de maîtriser mes pensées...

Je brise cette carapace aujourd'hui, non sans douleur ou sans effort, mais parce que j'ai compris et suis désormais sûre que la responsable de ces pensées moribondes, c'était déjà et encore elle.

On en parle pas ou très peu mais les hormones contenues dans la pilule agissent sur le système limbique du cerveau. Comprenez qu'elle dérègle le cerveau émotionnel, celui qui régit les peurs et les angoisses.  Dans certains cas, les pensées noirs peuvent se transformer en un état dépressif grave voir suicidaire. 

Chacun réagit différemment, chaque être étant unique évidemment. Le but n'est certainement pas de diaboliser celle qui m'a accompagné fidèlement durant une décennie et qui a, ne l'oublions pas, contribué à la libération de la femme.

J'ai, malgré tout, l'impression que ce symbole de la liberté est paradoxalement gentiment en train de nous étrangler. 

Parmi mon entourage proche, je connais plus d'une dizaine de jeunes femmes qui ont vécu des expériences négatives ou expérimenté des effets néfastes suite à une contraception hormonale. Les expériences montrent que la plupart du temps, c'est après un arrêt de pilule - pour une grossesse par exemple-  que les effets secondaires se renforcent. Que le corps dit stop. Définitivement.  

A nouveau, je ne dis pas qu'elle doit finir dans toutes les poubelles. Tant mieux si elle convient bien à de nombreuses femmes. Mais pour les autres, ne croyez pas que vous êtes seules en mer. La pilule, c'est un sujet tabou dont on ne va pas forcément débattre, sauf lors de soirées Spritz entre copines et pourtant. On parle de notre santé, physique et mentale. On parle de notre corps. Donc, le sujet mérite l'intérêt de tous. Et j'ai pas dit toutes. 

Ingérer des hormones n'est pas un acte anodin. Savoir que certains gynécologues en distribuent comme des pastilles chocolatées à des ados de 12 ans pour lutter contre de l'acné et des douleurs menstruelles en faisant fi des effets secondaires me donne la chair de poules.

Soyons juste conscients de nos actes et des conséquences qui peuvent en découler. Et si vous avez l'ombre d'une appréhension à ce qu'elle fasse - encore- partie de vos vies. Rayez-la.

Je n'ai, pour ma part, jamais été aussi bien dans ma tête et dans mon corps depuis cette rupture.

#maman #contraception #famille #pilule #postpartum

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