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Mon journal Covid-19- semaine 4


Mercredi 8 avril 20


Nous voilà déjà au milieu de notre quatrième semaine d'isolement. Je ne vous ai pas écrit ici avant parce que finalement la vie suit son cours. Paisible pour nous qui sommes tranquillement chez nous, bien plus dure pour ceux qui sont au front, dehors, et pour qui j'ai, chaque jour, une pensée émue.



Hier, on a fêté l'anniversaire de mon mari, nous quatre et nos steaks de bœuf au grill… c'était aussi très bien ainsi. Vous savez ce qui est étrange, c'est que plus le temps passe… plus je me fais à cette situation. Je ne m'épanouis pas totalement parce qu'il me manque des éléments essentiels à mon bonheur : mes amis, la découverte, l'échange, les embrassades. Mais je crois que j'ai accepté cette situation. Avais-je le choix ? Non, évidemment. Mais quand je vous écrivais ici il y a quatre semaines, j'avais peur, j'avais de la colère et je me disais que c'était un cauchemar. Je n'arrivais pas à relier ce que l'on vivait avec le réel. Il me semble que ce virus et moi, on a fait un bout de chemin ensemble…


Aujourd'hui, à ce moment même, on aurait dû atterrir à Istanbul. Si vous saviez comme je rêvais de ce voyage. Il était inimaginable pour moi, au début du mois de mars, que l'on ne parte pas et évidemment, plus la crise prenait de l'ampleur, plus tout projet de voyage partait en fumée. Je suis toujours déçue mais aujourd'hui je préfère relativiser, simplement par respect pour tous ceux qui n'ont pas dû simplement « repousser un projet » mais dire adieu à un proche. Je sais qu'il y aura d'autres opportunités. Aujourd'hui, le combat et nos forces doivent être ailleurs. Il ne faut relâcher ni la pression ni le moral. Je ne sais pas si on a fait le pire, je l'espère sincèrement et il semblerait que oui. Mais je préfère vivre au jour le jour dans cette crise pour éviter les déceptions difficiles à gérer avec nos nerfs à fleur de peau.


Aujourd'hui, le Conseil fédéral a annoncé un prolongement des mesures de semi-confinement jusqu'au 27 avril. Sincèrement, ça ne me fait pas grand-chose puisque je m'étais préparée psychologiquement à ce que rien ne bouge avant la fin avril. Les autorités ont aussi promis ensuite un relâchement avant la fin du mois. Comment ? On ne sait pas encore…

Je suis heureuse que les commerces puissent à nouveau rouvrir pour permettre aux indépendants de relever un peu la tête et essayer de faire face à cette crise qui va devenir économique après une première phase sanitaire. Mais, sincèrement, ce que j'attends le plus, c'est de pouvoir revoir mes amis, prendre dans mes bras ma famille, mes proches, interagir sans méfiance mais juste avec de l'amour. Et ça, je pense qu'il faudra encore un peu de patience…


08.04.20 - 21h14


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Jeudi 09.04.20


On parlait toujours de cette vague et bien voici qu'elle ne nous lèche plus seulement les pieds. Je crois qu'elle a déjà submergé une partie de la région puisque la zone où nous vivons est devenue un foyer épidémique à l'échelle cantonale. Nous avons le taux d'infection le plus élevé avec 290 cas pour 100 000 habitants. Cela nous oblige à être encore plus vigilants mais pouvons-nous l'être vraiment ? Nous nous sommes déjà coupés du monde depuis ce terne vendredi 13 où les écoles ont fermé leurs portes dans l'ensemble du pays.

Nous allons bientôt dépasser la barre des 1 000 morts en Suisse. Qui pensait qu'on atteindrait un tel chiffre ? Et que dire de nos voisins italiens qui pleurent aujourd'hui plus de 18 000 personnes… On a beau se dire, espérer du moins, que le pire soit derrière… les morts ne vont pas s'arrêter avant plusieurs semaines. C'est tellement triste… Autant on s'habitue à cet isolement, autant notre vie d'avant nous manque. Aujourd'hui, mon fils m'a dit : « Maman, quand le virus sera parti, on pourra aller voir un match de hockey et manger un hamburger au McDo ? »

« Oui, mon chéri, on va y aller »… et si tu savais comme on va kiffer. Je te dis qu'on va pleurer de bonheur et frissonner de liberté. On va profiter comme des malades parce que cette épreuve nous aura appris la valeur d'un instant.


09.04.20 - 20h57

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Vendredi Saint 10.04.20


Aujourd'hui, c'est le vendredi de Pâques, l'ambiance est toujours printanière mais il y a cette tension étrange dans l'air.

On sait que la bataille continue de faire rage dans les hôpitaux… le seuil des 1 000 cas a été franchi et pourtant nous, on profite du soleil dans le jardin, on écoute de la musique, on cuisine des gâteaux aux carottes et des biscuits en forme de lapins. Parfois, souvent même, je culpabilise de vivre « aussi bien » cette tempête mais finalement je ne peux pas faire beaucoup plus… On continue de vivre comme on peut, en suivant les restrictions. On s'y habitue presque. On dit souvent qu'après six semaines un geste ou un comportement devient une habitude… Je ne sais pas si on va se faire à cette distanciation sociale… Mais pour ma part, je crois que je me suis faite à l'idée de vivre au jour le jour. Ce n'est pas si mal finalement même si c'est un exercice difficile pour moi qui suis toujours à fourmiller de projets.

« Comment le virus attaque nos poumons ? » Mon fils se questionne toujours sur ce qu'on vit, sur le virus… On sent que ça le travaille et c'est bien normal. « Pourquoi est-ce qu'il ne s'en prend pas aux animaux ? »

Je lui explique simplement que je ne sais pas, on a beaucoup de questions sans réponse dans cette crise. C'est la complexité de cette lutte… On se bat contre un ennemi invisible qu'on découvre un peu plus au rythme des défaites… Quand est-ce qu'on aura les connaissances nécessaires pour le dompter et renverser la vapeur ?



10.04.20 - 21h05


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Samedi 11.04.20


8h54. C'est l'heure à laquelle nos petits chats nous ont réveillés ce matin. La belle vie, ou presque, si on fait abstraction de ce qui se passe hors de nos murs…

On a un autre rythme. On apprend à vivre autrement. Sans réveil et sans pression. Ça fait un bien fou. Je me demande comment on va faire pour se remettre dans la routine stressante qu'était notre quotidien avant cette crise. Peut-être que cet épisode nous apprendra à ralentir le rythme ? À valoriser ces instants en famille, ces petits déjeuners pleins de rires et ces sessions de vélo jusqu'à ce que le soleil se couche et que la fraîcheur d'avril ne nous fasse frissonner… Espérons-le mais pour le moment, profitons de ce que le présent nous offre. C'est bien la leçon que l'on doit retenir de tout ça, non ?

11.04.20 - 22h07


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Dimanche 12.04.20


Je commence à trouver le temps long. Je sais qu'on a de la chance d'avoir un jardin, d'être en famille mais après quatre semaines sans vadrouiller, je commence vraiment à tourner comme une lionne en cage. Je sais qu'il faut être patiente, il n'y a rien d'autre à faire. On dort, on cuisine, beaucoup, on mange, beaucoup aussi et on fait des rangements, on regarde un peu la TV, on joue dans le jardin… on éteint et on recommence le lendemain. On essaie aussi de faire un peu de sport. On s'est lancé un challenge avec mon mari durant le mois d'avril : 100 pompes journalières pour lui et 100 squats pour moi. On tient depuis deux semaines maintenant… en même temps, on n'a pas d'excuse, on n'a que ça à faire…


Mon mari est en cuisine d'ailleurs… je vais mettre le nez dans les casseroles. À demain !


12.04.20 - 18h25


Covid I Mon journal Covid I 6 ans après


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